DEUX JOURS A TUER : ENTRE OMBRE ET LUMIERE

Dans Deux jours à tuer, Albert Dupontel incarne un type qui décide de tout plaquer. Et si l’on envie un temps sa liberté, le poids d’un lourd secret hante le regard de l’acteur. Un film oscillant entre tragédie et comédie où l’on rit pour mieux pleurer. Tout l’inverse de notre rencontre avec Albert Dupontel et le réalisateur Jean Becker (Les enfants du marais) : les deux hommes partagent la passion des conteurs et le goût de ne pas trop se prendre au sérieux.

Le film est l’adaptation du roman de François d’Épenoux, en êtes-vous resté proche ?

Jean Becker : Dans la première partie, Antoine (A. Dupontel) se rend totalement inacceptable vis-à-vis des gens qu’il connaît, y compris sa femme et ses enfants.
J’ai un peu minimisé sa violence. Le troisième tiers, lui, n’existait pas. Cela donne un changement de rythme volontaire, une rupture consciente et motivée.

Qu’est-ce qui vous a plu dans cette histoire ?

Albert Dupontel
: Je me suis énormément identifié aux émotions d’Antoine. Lorsque vous comprenez un personnage, vous prenez plaisir à passer du temps avec lui. Il était cohérent dès le départ. Mais je dois dire que le film est supérieur à ce que j’avais lu. Je ne pouvais pas deviner l’émotion des autres acteurs, les paysages d’Irlande…
JB : C’est l’histoire d’un homme qui va jusqu’au bout de lui-même et qui n’a pas peur d’affronter ce qu’il va vivre. À la lecture du scénario, je me suis demandé si j’aurais eu le courage d’agir comme il le fait.

Peut-on voir une critique de notre société individualiste dans la scène du dîner entre amis, paroxysme de la première partie dans laquelle Antoine se montre particulièrement odieux ?

AD : Antoine est avant tout libre et on découvrira plus tard pour quelles raisons. Être odieux, ça ne consiste pas à dire à des gens qu’ils sont stupides et cupides, c’est juste être franc. Parfois, être franc peut être cruel… C’est une scène qui a beaucoup été travaillée et qu’on a pas l’habitude de voir dans l’univers de Jean.
JB : Il y a une position contre la société de consommation, c’est une petite critique que j’assume, elle est peut-être un peu naïve et simplette mais elle a le mérite d’être là et d’être compréhensible pour pas mal de gens.

Quelques mots sur les dialogues ?

AD : La première version du scénario était en vers…
JB : C’était d’ailleurs vachement beau ! On a fait quatre versions comme ça avant de partir sur autre chose…
AD : Oui, il s’exprimait avec des « diantre » ! C’était plutôt pas mal.
JB : Le texte est assez littéraire mais c’est provocant et ça permet de toucher les gens avec ce qu’ils entendent. Si les dialogues sont trop plats, ça devient emmerdant, autant regarder Plus belle la vie. De plus, Antoine est un créatif d’agence, une sorte d’intellectuel de la pub, il a l’habitude des mots et de s’en servir.

Le texte de générique de fin a une réelle importance dans la narration. Pensez-vous que les spectateurs resteront jusqu’au bout ?


JB
: On a trouvé un procédé révolutionnaire : des menottes à chaque siège !

Des idées pour le prochain film ?

AD
: Ça se fait doucement, avec un peu de chance on devrait le commencer début septembre. Je fais un cinéma très différent de celui de Jean et, même si cela ne me
déstabilise pas forcément, ça me fait prendre conscience que l’on peut être efficace en montrant des choses simples. Personne n’est à l’abri de la découverte. Bref, début septembre donc : Le vilain.
JB : J’avais trouvé quelque chose mais ça ne se fera pas… alors je vais sans doute attendre 15 ou 20 ans avant d’en refaire un !

Deux jours à tuer
De Jean Becker
Avec Albert Dupontel, Marie-José Croze, Pierre Vaneck…
Sortie le 30/04

Baptiste





 

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